| JAIPUR
Aux abords de la forteresse, les Rajputs du clan Kachwaha, auquel appartenait Jai Singh, retardaient l'avance de l'ennemi éventuel, de nos jours, celle du flot des touristes, au moyen d'une rampe à éléphants à forte pente. Un éléphant à la trompe peinte de couleurs vives et portant un confortable howdah vous transportera par la Suraj Pol (porte du Soleil) jusqu'au Jaleb Chauk, une jolie cour-jardin grouillante d'entelles, ces grands singes sacré au poil gris blanchâtre, et entourée de vieilles étables à éléphants, dont certaines ont été transformée en boutiques.
La Ganesh Pol (porte de Ganesh) s'ouvre au centre sud de la cour sur un vestibule surmonté d'un triforium dont les ouvertures sont constituées par des écrans de marbre ajourés qui permettaient aux dames de la cour d'observer le déroulement des réceptions dans le Diwan-i-Am. Le palais même est assez sobre si l'on pense à l'opulence habituelle des maharaja. Les artistes bannis par l'empereur Aurangzeb trouvèrent asile et travail au Rajputana, et, à Amber, on reconnaît leur marque dans les colonnes cannelées et les redents caractéristiques de l'architecture moghole classique, ainsi que dans la galerie entourant le Diwan-i-Am, d'où la vue sur les collines voisines est très belle. Dans le Diwan-i-Khas, bien plus sous le nom de Shish Mahal (palais des Miroirs), les Rajputs ont cédé à leur goût en recouvrant les murs de verre orange, violet et vert, et les plafonds voûtés de milliers de miroirs convexes, craquez une allumette pour juger de l'effet. L'un des endroits les plus attrayants du palais est le Sukh Niwas (salle des Plaisirs), dont les portes en bois de santal sont incrustées d'ivoire. A l'intérieur, l'eau fraîche était amenée du toit par une gouttière de marbre blanc finement sculptée tandis que l'air se renouvelait grâce aux jours de la maçonnerie. La ville est entourée de 10 kilomètres de remparts crénelés, hauts de 6 mètres et larges de 2,80 mètres environ qui ne comportaient à l'origine que sept portes fortifiées ; Elle est dessinée sur un plan rectangulaire irrégulier de 65 km² subdivisé en blocs successifs coupés à angle droit par des avenues principales et des rues secondaires dont la largeur est d'environ 34 mètres pour les premières et 17 mètres pour les secondes en suivant une orientation générale nord-sud, est-ouest. Ce plan a pu être comparé dans sa remarquable symétrie à celui du Kremlin. La couleur de son grès vaut à Jaipur le surnom de "ville rose", encore qu'elle change de teinte selon la saison et le moment de la journée, passant du rose à l'ambre, puis à l'orange vif ou à l'ocre. Balcons en saillie, débauche de kiosques, tours curvilignes, arches engrêlées, fenêtres à jalousies caractérisent une architecture de conte persan.
A l'origine, le centre de la ville était marqué par le plus complexe des observatoires de Jai Singh, un autre Jantar Mantar, aboutissement de ses travaux commencés à Delhi. Les initiés s'intéresseront à la signification, les autres seront simplement sensibles à l'aura de mystère des gnomons (tiges verticales des cadrans solaires) géants de couleur crème, des compas et des sextants servant à mesurer les latitudes et longitudes célestes. Le Chandra Mahal (palais de la Ville), immédiatement au sud de l'observatoire, possède sept étages et sept cours, ce nombre étant manifestement un nombre ésotérique. Le musée du palais pique la curiosité par ses témoignages du temps de la splendeur des maharaja : costumes, cimeterres, fusils incrustés d'argent et de pierreries l'épée de Man Singh I "Invincible et Glorieux Lion", qui pèse plus de 5 kg Il faut aussi visiter la Pothikhana (Salle des Manuscrits) qui se trouve dans l'angle sud-est de la cour sur laquelle donne la Salle des audiences publiques. On pourra y admirer d'anciens manuscrits enluminés, une traduction persane de passages du Mahabharata et du Ramayana, connue sous le nom de Razmanamah, attribuée à Abdul Fazal, célèbre poète et historien de la cour d'Akbar, des miniatures mogholes et des miniatures rajasthani de la cour d'Amber et de la cour de Jaipur, des peintures de l'école du Ceccan représentant des personnages sur fonds d'arbres, de villes ou de paysages, fréquemment inspirées des modes de la musique indienne dans la tradition des Ragmala.
La ville de Jaipur s'est considérablement agrandie hors murs et sa superficie actuelle a plus que doublé. L'Albert Hall a été construit au sud de la vieille cité à la fin du XIX ième siècle dans un style indo-moghol fortement marqué de goût victorien pour abriter le Musée de Jaipur au milieu d'un vaste jardin. Il est essentiellement consacré à l'artisanat rajasthanais (objets de métal, ivoires, bois et pierres sculptés, bijoux, tissus, poteries, laques et cuirs, etc.). Mais tout l'attrait de Jaipur réside à l'intérieur des remparts édifiés par Jai Singh II où l'on remonte le temps sur un air coloré de charme, de douceur et peut-être aussi un peu, pourquoi ne pas le dire, d'opérette. Mais il faut se méfier, l'opérette a quelquefois mal tourné dans l'histoire et s'est transformée en tragédie. Comme le Châtelet, les environs de Jaipur peuvent faire l'objet de plusieurs petites excursions, au nord, le fort de Nahar Garh et les cénotaphes de marbre blanc des souverains à partir de Jai Singh II qui s'élèvent à Gaitor, à l'est, sur la colline de Galta, le temple de Surya, dont la statue est descendue chaque année à Jaipur en mémoire de la descente sur terre de Kachhawa, fils du Soleil, au sud, le temple jaïn de Sanganer d'une belle architecture de marbre. Mais il existe encore de nombreux édifices religieux ou laïcs, temples, palais et forts qui témoignent de la richesse historique et artistique de la région. |