| AJMER
Pittoresquement située au pied d'une colline, la très vieille ville d'Ajmer est un grand centre de pèlerinage pour les musulmans. Si l'on pense que ce sanctuaire mahométan est situé en plein cœur du pays rajpoute - c'est-à-dire dans un territoire où la religion hindoue est reine - on comprend tout de suite à quel point son histoire a dû être agitée. Centre religieux commun aux Musulmans et aux Hindous - et jouant par là même un rôle peu enviable de pomme de discorde - Ajmer changea de mains un nombre considérable de fois au cours de son existence mouvementée. Ce n'est qu'au 12 ième siècle, cependant, sous le règne du Roi Ajayaraja, que Ajmer devint une ville importante. En 1556, elle fut annexée par Akbar qui en fit une résidence impériale. C'est lui qui fit édifier le fort qui, de nos jours encore, domine la cité. Akbar avait fort bien compris l'importance stratégique de Ajmer, qui commandait l'accès aux principales routes du Nord. La mosquée Adhai-din-ka-Jhonpra dont les vestiges se dressent au sud-ouest d'Ajmer est un ancien collège jaïn transformé sur les ordres de Mohammed de Ghour qui prit la ville en 1192 et fit dresser un très bel écran de sept arches devant les anciennes colonnes aux mille façons. Son nom qui signifie l'abri de deux jours et demi viendrait de la durée donnée par le conquérant afghan pour en faire un lieu de prières, cette durée est aussi celle de grands rassemblements de fakirs qui s'y rendaient chaque année dès la fin du XVIII ième siècle. Deux petits minarets porteurs d'inscriptions tughra ornent les angles de l'arche principale qui atteint près de 18 mètres. A proximité de cette mosquée se trouve l'un des sanctuaires les plus sacrés de l'Inde musulmane - le Dargah (sanctuaire) Khwaja Sahib - à la construction duquel ont contribué plusieurs souverains, d'Altamish à Humayun, ce sanctuaire abrite en effet le mausolée de Khwaja Muin-ud-Din Chishti (1142 - 1256), grand saint de l'islam, vénéré par d'innombrables pèlerins depuis sept siècles, de l'Inde et d'ailleurs. On pénètre dans l'enceinte du sanctuaire par une porte élevée et imposante, Buland Darwaza, deux larges chaudrons sont destinés à recevoir les offrandes alimentaires qui seront ensuite partagées entre les membres du personnel affectés au lieu saint. Deux très belles mosquées s'élèvent dans des cours successives, la première de grès rouge, construite par Akbar, la seconde de marbre blanc édifiée par Shah Jahan. Le tombeau du saint est au centre de la deuxième cour sous un édifice carré de marbre blanc surmonté d'un dôme très arrondi à l'intérieur duquel on accède par deux entrées dont l'une est entourée d'un arc d'argent, dans une at mosphère de grande pureté. Bibi Hafiz Jamal, fille du saint, et Chimni Begam, fille de Shah Jahan, sont enterrées un peu plus loin dans une petite enceinte décorée d'écrans de marbre blanc où vous ne pourrez entrer si vous n'êtes pas musulman. Au centre d'Ajmer, vous pourrez voir encore le palais que fit construire Akbar pour y résider pendant ses nombreux séjours dans la ville. Sa structure carrée très massive est flanquée de bastions octogonaux d'une grâce toute relative. Celle-ci trouve néanmoins son compte dans le très beau portail d'entrée. Le palais abrite un musée du Rajpoutana (sculptures hindoues et jaïnes, inscriptions, pièces de monnaie, quelques miniatures et quelques armes). Un magnifique lac artificiel habité de nombreux oiseaux s'étend au nord d'Ajmer : Ana Sagar. Construit au XII ième siècle par le roi Chauhan, Arnoraj ou Anaji, il a été embelli par Shah Jahan qui fit édifier sur la berge un parapet de 378 mètres et cinq pavillons de marbre et aménager un jardin, le Daulat Bagh. |